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février 26, 2012

Rien ne s’oppose à la nuit


  
Delphine de Vigan consacre ce livre à sa famille, à sa mère, avec pour but avoué d’essayer de comprendre ce qui l’anima en retraçant, à l’aide des témoignages familiaux, qui elle fut au sein de cette tribu vivante et pourtant hantée. Les drames n’épargnent pas cette famille atypique dont on voudrait croire qu’elle déborde tellement de vie et d’amour qu’elle se construit au-delà des tragédies qui la frappent, et dont on comprend que chacun intègre la douleur comme une composante de lui-même, lui donnant une résonance et une vibration terribles. Au milieu de cet ouragan familial, la mère de l’auteur traverse, enfant, ado puis très vite mère, qui se révèle atteinte de troubles bipolaires.

Il est troublant de constater combien elle hante le roman quasiment depuis le début, et combien elle s’incarne peu à peu au fur et à mesure que sa fille, prend conscience de qui elle est et de ce qu’elle traverse, et alors même qu’elle devient l’ombre d’elle-même. L’attachement que je lui ai porté en tant que lectrice était forcément lié à celui de l’auteur et j’ai trouvé beaucoup de transparence dans ce témoignages ponctué de passages où l’auteur nous associe à sa démarche, à ses doutes, à ce que lui a coûté l’écriture de ce roman.

Pour difficile que soit ce récit à envisager dans toutes ses dimensions humaines, taillé dans l’amour, les liens familiaux et les tensions qui leurs sont inhérentes, l’on ressent la nécessité de l’écriture, on y découvre le formidable témoignage de l’auteur sur sa famille, extraordinairement généreuse, portée par des grands-parents fantasques (la figure de la grand-mère est délicieuse, le grand-père est un personnage complexe, dont on sent qu’il fut fascinant et terrible à la fois). L’honnêteté du récit en fait sa force : l’auteur ne nous ménage pas, les faits sont là, mais elle ne les embourbe pas dans un pathos qui serait littéralement asphyxiant. Elle fait acte de témoignage. 

C’est peu dire que j’ai été happée par ce roman. Je l’ai lu comme je bois un bon verre de vin, en appréciant de retrouver l’écriture fluide de Delphine de Vigan, dont j’avais beaucoup aimé Les heures souterraines et No et moi. Peu portée sur l’autofiction qui sévit actuellement, c’est plus mon goût pour les récits de vies qui m’a incitée à le lire et à travers eux la peinture d’époques. Encore une fois, je fus captivée, Delphine de Vigan est pour moi de ces auteurs qui saisissent l’air du temps et le retranscrivent avec beaucoup de justesse, de ces auteurs qui ont les deux pieds dans la vie.

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, JC Lattès, novembre 2011.

août 03, 2010

La première fois que j'ai regardé un miroir, il m'a souri.






La première fois que j'ai vu une mouette, j'ai trouvé ça chouette.
La première fois que j'ai vu une chouette, j'ai trouvé ça chouette aussi.


Beaucoup de poésie dans ce livre aux illustration au trait épais et simple et aux couleurs douces, qui propose une vision émouvante des premières fois de petite fille à grande fille.

A lire, même si vous êtes un garçon !


Vincent Cuvellier pour le texte
Charles Dutertre pour les illustrations
Editions Gallimard jeunesse Giboulées, 2006.

juillet 29, 2010

Le coeur cousu

"Me voilà donc attablée, face à mon écriture nocturne, et je sais que cette écriture noircira le temps qu'il me reste, que j'éclipserai ce grand soleil de papier dans un crissement de plume. L'encre m'est venue quand il n'y a plus eu de larmes. Plus rien d'autre à pleurer. Plus rien à espérer que le bout du cahier. Plus rien à vivre que ces nuits de papier dans une cuisine."


Le coeur cousu, c'est le récit de Soledad, qui raconte sa mère, Frasquita Carasco, sa vie, ses dons, et ses enfants, qui à leur tour héritent de dons, leur épopée dans un pays fait de chaleur, de sable et d'oliviers.

Frasquita coud et répare, les âmes et les corps.

Mâtiné de merveilleux, peuplé d'esprits, ce livre évoque Cent ans de solitude ou La maison aux esprits, quand l'onirique a droit de cité, que les générations se transmettent un patrimoine magique et parfois encombrant.

De l'Espagne à l'Afrique du Nord, dans une langue empreinte de poésie, on suit les yeux fermés le fil de ces vies, la caravane de ces personnages originaux, sages et fantasques. Le chemin de Frasquita croise des hommes et des femmes humains, tellement humains, et l'Histoire aussi.

J'ai adoré ce livre, qui mêle avec beaucoup de délicatesse tous les éléments que j'aime dans un bouquin : les personnages touchants, originaux et sensibles, la poésie, une histoire qui se tient debout et ne se relâche jamais, rien d'attendu, jamais je n'ai été déçue. Et c'est un premier roman. Chapeau.

Je l'ai lu sur les conseils de Fashion, qui a également beaucoup aimé, et à vrai dire, il y a assez peu de chance que vous n'aimiez pas à votre tour. Mais ceci n'est pas un défi.

Le coeur cousu, Carole Martinez, Gallimard, 2007.

Un premier roman donc, lesté de huit prix (parce qu'il les vaut bien (j'insiste)) :
le Prix Emmanuel Roblès
le Prix Ulysse du Premier Roman
le Prix Ouest France Étonnants Voyageurs
le Prix Renaudot des Lycéens
le Prix du Premier Roman de Draveil
le Coup de cœur des Lycéens de Monaco
la Bourse de la Découverte Prince Pierre de Monaco et la Bourse Thyde Monnier !

avril 08, 2010

L'amour, c'est comme une cigarette


Ne comptez pas sur moi pour vous dire si Incidences est un bon ou un mauvais Djian (d’autant moins que vous trouverez facilement ce genre de formules aux quatre coins du web).

Mes dernières lectures de lui remontent en effet aux années quatre-vingt-dix et leur qualité littéraire n’est pas le souvenir le plus prégnant qu’il me reste des Zone érogène, Maudit manège et autre Bleu comme l’enfer.

Incidences est donc mon retour à Djian. Après des tentatives avortées avec Vers chez les blancs et Doggy bag, il me semblait qu’il fallait quand même que je refasse un véritable essai. Transformé donc.


Intro : Marc, professeur de fac (il donne des cours d'écriture) sur le retour, qui vit avec sa sœur, et qui a depuis longtemps renoncé à devenir écrivain, enchaîne les liaisons avec ses étudiantes. Sauf qu’un matin, il trouve l’une d’entre elles morte à ses côtés, dans son lit.

De cette situation, Djian déplie un décor dans un style simple mais efficace, qui sert le regard de son personnage, critique, souvent cynique, sur l’époque et notamment sur la littérature contemporaine. Du passé douloureux des frère et sœur, il nous donne des amorces d’informations mais ne fait pas étalage de révélations.
Marc observe ses sentiments et ses sensations l’animer comme hors de son corps, qu’il semble ne réintégrer que pour fumer ou faire l’amour, occasions qui lui rappellent soit son âge soit son enfance. Il s'observe notamment tomber amoureux et ressentir les élans d'un sentiment qu'il connaît mal, et qui, aussi étonnant qu'il soit, ne dure qu'un temps.

Je ne dirais pas que la chute est étonnante, loin de là, le roman est émaillé d’allusions qui m’ont parfois fait souffler, mais par ailleurs, la construction est solide et assez fine. Les allusions sont assez subtiles pour nous laisser imaginer le pire, et j’ai trouvé que la distance du personnage avec le monde réel est excessivement bien rendue. On le suit, étonné de constater qu’il ne se tient pas là où il faut, qu’il n’a pas les réactions attendues et qu’il ne mesure pas les conséquences de ses actes. Il est à côté, constamment, et s’en rend compte -mais pas à quel point- mais avance, dans un mélange de cynisme et de désinvolture spontanés. Djian fait cela très bien, et je crois que c’est ce que j’aime chez cet auteur.

« Il roulait au milieu de la chaussée, mâchoires serrées, à cheval sur la ligne blanche continue qui se tordait sous ses yeux comme un serpent affamé dans la lune rousse. »

Incidences, Philippe Djian, Gallimard, mars 2010.

mars 17, 2010

Lecture enfantine... clichesquissime !

Ma fille (7 ans) : "Maman, il faut absolument que tu lises ce livre."
Moi : "Ah bon, il est vraiment bien ?"
Elle : "Oui, tu vois, même si la couverture n'est pas très jolie, il est très bien, il faut absolument que tu le lises !"

Voilà. Me voici rendue à ce moment où ma fille (mon bébé!) me conseille des bouquins...

La couverture en question :




((Tu vas être contente, ma chérie, c'est le premier tome d'une série d'au moins six volumes...))





Edit du lundi 15 mars

J'ai lu, j'ai vu, j'ai su.

Le bouquin est pas si terrible, en dépit des clichés -énhaurmes- et d'une histoire qui ne se termine pas, j'ai un peu eu l'impression de retrouver Lost (réussiront-ils à conclure, un jour ?)

Résumé

Notre jeune héroïne, âgée de dix ans, arrive chez sa tante.
Elle vient de Grenoble et ses parents l'ont lâchement abandonnée pour un déplacement professionnel en Italie. Les fourbes.

Elle se retrouve chez sa tante qui vit à la campagne (Horreur !), dans une maison qui semble avoir été bâtie par Charles Ingalls.

Elle n'a pas de coca -uniquement du jus de pamplemousse-, n'a pas la télé (euh... il faudra que j'en reparle avec ma fille de ça, nous ne l'avons pas non plus...) et, je vous le donne en mille, vit de la réalisation de couvertures en patchwork (gasp).
Lors du premier déjeuner, nous apprendrons même que les gens de la campagne mangent de la salade, eux.
N'en jetez plus.

Heureusement, très vite, la jeune fille découvre un chaton magique troooooop miiiiiignon dans la grange (qui pue, la grange). Ses poils scintillent, il se transforme en lionceau et lui dit qu'il est un prince dont la vie est menacée, d'où le fait qu'il se soit transformé en chat.
Elle gobe tout.

En même temps, le chaton magique la tire de tous les pétrins dans lesquels elle se jette sans réfléchir, fait la vaisselle, range la vaisselle et lave le sol en frottant simplement ses deux pattes l'une contre l'autre. Trop cool.
(Moi, si j'avais un chat magique, je lui demanderais autre chose que de faire la vaisselle, mais les voix de la création et des fantasmes féminins sont impénétrables, semble-t-il).

Très vite encore, elle se fait un copain qui vit avec sa mamie Violette dans une roulotte, et dont le cheval s'appelle... Gadjo.
Qui l'eut cru.
La famille du garçon est menacée par la justice, des faits de braconnage ayant lieu dans le bois juste à côté de la roulotte.
Pas de bol.
Qui a dit cliché ?

Je vous la fait courte, à eux deux les enfants démasquent les vilains braconneurs et le chat magique-prince disparaît pour aller adopter une autre petite fille dans le tome suivant.
La gamine trouve que la campagne finalement, c'est pas pire, d'autant que ses parents sont rentrés plus tôt d'Italie tant elle leur manquait.
Crédible, ça encore.


(C'est énorme, j'ai un peu l'impression de réécrire ma critique de cette été pour le challenge de lecture Harlequin).
Bref, vous l'avez compris, je suis sceptique devant ce genre de bouquin.

En tous cas, la mère Bentley a tout compris, je compte pas moins de 14 volumes des Chatons magiques, mais elle ne s'en tient pas là, puisqu'il existe aussi 4 tomes de "Les chiots magiques".
Un filon donc.

Quant à la donzelle de 7 ans, elle a donc adoré l'histoire. Tout simplement.
Me disant que "ce n'est pas un livre jetable" et que d'ailleurs, elle ne le jetterait jamais.

C'est assez drôle d'ailleurs, parce que moi, j'appelle ça des livres kleenex (mais je me garderais bien de le lui dire avant ses dix-huit ans, elle a le droit d'avoir une enfance heureuse, quand même).

En attendant, je vais glisser "Mathilda" et "Le petit Nicolas" près de son chevet...


février 02, 2010

La route

Je viens de finir La route, de Cormac McCarthy.

Pourquoi l'ai-je lu ?
Parce qu'il a fait une très forte impression à une amie qui m'est très proche, provoquant une sacrée dose de curiosité en moi.
Parce qu'il décrit un univers apocalyptique de bout en bout, et un père et son fils qui se débattent et progressent vers un sud hypothétique.
Ce n'est pas un résumé très attirant.
J'ai bien aimé. Mais je n'ai pas trouvé pour autant que c'était le livre de l'année, quant au Pultizer...
En même temps, je le trouve intéressant sur plein de points :
Oui, la réflexion sur l'avenir de l'homme, seul et démuni face à sa nature, au milieu d'un monde de cendres et de mort.
Oui, la situation sans explication et sans véritable révélation.
Oui le réalisme avec lequel est offert cette fuite.
Voilà. Je suis assez partagée sur ce bouquin. Mais il vaut le coup.





décembre 21, 2009

"C'est une jungle, nous sommes pris dans une jungle"



Il faut quand même que je vous parle de Suite française, que je viens de finir, et qui m'a semblé tout à fait intéressant, agréable et sympathique.
Je découvre avec lui cette femme romancière, Irène Némirovsky, originaire d'Ukraine mais de langue française, dont le talent pour raconter les gens, petits et grands m'a souvent agréablement surprise.

Le roman n'est pas achevé, mais qu'à cela ne tienne, il représente en réalité la réunion des deux premiers tomes prévus pour être initialement les deux premiers tomes d'une série de cinq. L'auteur nous installe suffisamment bien dans l'époque, et peint des personnages aux mille détails parlants, de sorte que chacune des deux parties s'ouvre sur une suivante, mais qu'elles sont parfaitement équilibrée et achevées en elles-mêmes. Le témoignage est écrit sur le vif, Irène Némirovsky ayant assisté à cet exode, même si elle-même n'a pas quitté la région parisienne. Le tableau de l'époque et les figures décrites sont excessivement justes, et les portraits sont amusants autant qu'acerbes. L'ensemble forme une fresque de belle ampleur, qui ne s'essouffle pas et compte un certain nombre d'extraits aussi riches que parlants. Quant aux métaphores, elles sont à la fois poétiques et très expressives.

La première partie, Tempête en juin, décrit l'exode de juin 1940, où les Français fuient les allemands arrivés dans le Nord de la France et entrés dans Paris le 14 juin.
Chaque chapitre donne lieu à la présentation d'un ou de plusieurs personnages, chacun très finement dépeint grâce à l'art du détail et le sens critique de l'auteur. On sent un certain cynisme en même temps que de l'attachement pour certain (peu) d'entre eux. La critique de la société est féroce : en prenant chaque personnage dans son milieu et en le jetant sur les routes en temps de guerre, Irène Némirovsky a là matière à mettre en exergue chaque défaut, chaque
caractéristiques d'une classe sociale, d'une typologie de personnages : des grands bourgeois à l'auteur égoïste, des gens modestes au collectionneur de faïences, elle nous offre un regard perçant et sans complaisance sur les hommes. Par exemple, sur le bord de la route, la mère de famille bourgeoise partagera généreusement les vivres emportés avec les enfants d'une famille dans un café, accomplissant par là même ses bonnes oeuvres, mais elle leur retirera le pain de la bouche sitôt qu'elle aura pris la mesure du dénuement dans lequel l'exode place chacun.

La seconde partie, Dolce, s'arrête dans un petit village, Bussy, et décrit quelques mois de la vie quotidienne des villageois qui ont accueilli les Allemands dans leurs murs. Une relation se tisse plus particulièrement entre une jeune femme et un officier allemand.

Les dernières parties auraient pu/dû s'appeler 3) Captivité ; 4) Batailles 5) La paix, mais les titres n'étaient pas fixés, pas plus que le titre de l'ensemble, pour lequel elle avait envisagé Tempête ou Tempêtes. Le titre de Suite française étant donné finalement en référence à la musique, dont elle se sentait proche, la suite musicale étant un ensemble d'airs musicaux de même tonalité mais aux rythmes différents.

L'auteur ne terminera pas sa fresque, arrêtée le 13 juillet 42, elle est déportée à Auschwitz où elle meurt du typhus le 19 août.

Ce roman posthume a également une histoire. Légué à ses deux filles, le manuscrit est demeuré enfermé de longues années après la disparition de son auteur. Une de ses deux filles le lira finalement en 1998, et il sera publié en 2004 par les éditions Denoël. Il recevra le prix Renaudot la même année.

Suite française, Irène Némirovsky, éditions Denoël, 09/2004. Existe également en version Poche chez Folio.

août 21, 2009

Enlève-moi tout de suite tes mains de la gazinère


Edimbourg, 1874, le jour de la naissance de Jack est aussi le jour le plus froid du monde. Quand Jack naît, Madeleine, la sage-femme, remplace son coeur gelé et brisé par une horloge.  
Son coeur bat au rythme du mécanisme, mais Jack doit respecter les règles que lui impose Madeleine : "Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l'horloge de ton coeur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du coeur sera brisée de nouveau." 
Mais peut-on demander à un jeune homme de ne pas se laisser tomber amoureux ?
Surtout quand il croise le regard d'une petite chanteuse "une fille minuscule avec des airs d'arbre en fleur".

La mécanique du coeur est un roman plein de poésie, à l'univers onirique. L'ensemble fonctionne comme une gigantesque foire aux personnages rafistolés, et parfois rouillés, aux faux contacts et aux airs dézingués touchants. 
Les images m'ont beaucoup touchées, et si je ne connais pas très bien la musique du groupe Dionysos, dont Mathias Malzieu est auteur, compositeur et interprète, ce livre, dont il a également fait un album, me donne très envie de la découvrir. 
Je ne peux que vous encourager à le lire, et pour vous en donner un petit aperçu, voici un extrait des premières pages :
"Elle pleurait déjà en escaladant la colline pour arriver ici. Ses larmes glacées ont rebondi sur le sol telles les perles d'un collier cassé. A mesure qu'elle avançait, un tapis d'étincelants roulement à billes se formait sous ses pieds. Elle a commencé à patiner, puis a continué encore et encore. La cadence de ses pas est devenue trop rapide. Ses talons se sont emmêlés, ses chevilles ont vacillé et elle a chuté violemment en avant. A l'intérieur, j'ai fait un bruit de tirelire cassée." 

La mécanique du coeur
, de Mathias Malzieu - éditions J'ai lu, 156 p.

juillet 14, 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates


Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, éditions Nil,
avril 2009.

Londres, 1946 - Juliet, écrivain, cherche un sujet de roman qui lui permettrait de sortir des chroniques humoristiques qu'elle avait l'habitude d'écrire pour un quotidien. Elle reçoit un jour une lettre d'un habitant de Guernesey, qui a hérité d'un livre lui ayant appartenu. Une correspondance s'installe entre Juliet et plusieurs habitants de l'île, à travers laquelle ils se racontent, eux, mais aussi l'île sous l'occupation.

J'ai trouvé très agréable cette lecture qui, au fil des lettres, nous conduit d'un personnage à l'autre au cœur de Guernesay, au cœur de l'occupation, et dépeint toute une galerie de personnages aux caractères globalement enjoués, distrayants et touchants.
Le ton, le traitement épistolaire, et le personnage de Juliet, très attachant en femme écrivain trentenaire célibataire, m'a rappelé celui de 84, Charring Crossroad.
J'aime renouer avec des expressions désuètes, et ce ton ironique l'air de ne pas y touche ne cesse de me divertir.
On y lit également une présentation de l'occupation, où les allemands ne se contentent pas d'être l'ennemi impitoyable mais peuvent aussi faire preuve d'humanité, ça change ; ainsi que le réveil d'un peuple qui recommence à se réjouir timidement au terme d'une guerre qui les laisse dépossédés de beaucoup de matériel, mais d'assez peu de leurs richesses intérieures.
Au cœur de ces lettres, un roman voit le jour, un personnage est évoqué, différemment, et des amours en tous genres se nouent.
Un joli roman, distrayant, touchant, cocasse parfois, que je vous encourage à lire.

juin 11, 2009

Tobie Lolness

Tobie Lolness, écrit par Timothée de Fombelle, illustré par François Place, éditions Gallimard, 2006.
1er tome : la vie suspendue.

Tobie Lolness mesure 1 millimètre et demi et vit dans un arbre. Il fuit. Mais pas seulement.

Voici un roman pour enfants autour duquel j'ai tourné pas moins de trois ans !
Je doutais de mon goût pour les aventures d'un lutin, foin de cela, c'est un petit garçon.
Il me semblait trop épais, mais il se dévore.
Je redoutais son succès et ma jalousie légendaire envers les auteurs doués. J'avais raison.

Ce roman d'aventures est écrit dans une langue poétique simple et extrêmement efficace. La construction de l'histoire est élaborée juste ce qui est nécessaire pour donner du rythme et ménager un suspens tout à fait raisonnable.
Il y a de l'humour, de l'humour comme j'aime, un peu d' l'amour, et une peinture assez juste de notre société moderne, le tout dans des proportions ni trop ni trop peu.
Quant au monde dans lequel évolue Tobie, peuplé d'insectes et autres larves, l'auteur s'en amuse, en joue avec brio, et imagine une société complète.

Les illustrations de François Place me laissent perplexes car elles représentent les choses différemment de ce que je les imaginais, mais pourquoi pas.

Comment vous dire ? J'adore ce livre, j'aurais adoré l'écrire, je suis donc effrontément jalouse de son auteur ! C'est moche, je sais.

Le second tome : les yeux d'Elisha, a paru en 2007.
Les deux tomes sont réunis en un seul volume, mais il n'existe pas à ma connaissance d'édition poche.

Les avis de Clarabel, Florinette, Yueyin, entre autres... !

mai 29, 2009

L'ombre du vent


Barcelone, 1945. Un libraire initie son fils au cimetière des livres oubliés, un endroit mystérieux et secret qui recueille un exemplaire de chaque livre imprimé, et où le nouvel arrivant doit adopter un ouvrage et s’engager à le défendre toute sa vie. Le fils, Daniel, choisit un livre, ou dirais-je, est choisi par un livre, L’ombre du vent, écrit par un auteur quasi inconnu, Julian Carax. Fasciné par sa lecture, le jeune garçon cède à l’attrait du livre sur lui, au point de chercher des informations sur son auteur et découvrir un personnage bien mystérieux, et son histoire, non moins mystérieuse.

Je vous recommande la lecture de ce livre, que je trouve enchanteur à plusieurs titres : les personnages que le héros rencontre au cours de ses recherches, forment une galerie comme je les aime, riche, éclectique et haute en couleurs ; l’intrigue ensuite, qui ne perd jamais en rythme, de rebondissements en révélations, en déceptions, en anecdotes etc., le tout formant un ensemble harmonieux et jamais lassant ; le personnage principal, juste assez faible et honnête pour être crédible et attachant ; la construction du livre, aboutie, très aboutie, aux imbrications habiles (je ne me suis jamais doutée une seule seconde de ce qui m’attendait... bon, si, une seconde en réalité, mais alors pas plus), l’atmosphère enfin, chargée de mystère, et les sentiments, tout cela dans un seul livre, c’est parfait, lisez-le !

L’ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, paru en 2004, il a reçu le prix Planeta la même année, et a paru en Poche en 2006.

février 05, 2009

Ne parle pas d'enfer qui veut


La porte des enfers, Laurent Gaudé, 2008

Voici un nouveau Gaudé que j'ai appréhendé de lire, redoutant le sujet grave, en bonne âme sensible qui se respecte. 
L'histoire est en effet celle de la perte d'une enfant, qui conduit des parents au seuil de cette porte des enfers. 
Mais, à moins que je sois devenue particulièrement imperméable aux drames de la vie, je n'ai pas été touchée comme je le craignais, et comme je l'attendais, paradoxalement. 
Qui me lit sait que j'ai pour Laurent Gaudé une profonde admiration. Il est de ces auteurs qui traitent de la nature humaine et nature tout court avec brio et beaucoup de style. Mais si j'ai à nouveau pu apprécier son écriture délicate, je n'ai pas adhéré à son histoire. Je crains qu'en effet Laurent Gaudé ne maîtrise pas encore le style fantastique, à mon plus grand regret, vous pouvez me croire. Je n'ai pas été emportée par sa description des enfers, et une longueur pensante a failli me faire lâcher prise au milieu du roman. 
Une petite déception, donc, dont je me remettrai, tant le souvenir de ses précédents livres est encore vivace et réconfortant pour moi.  

janvier 29, 2009

Allumer le chat ?


Allumer le chat, Barbara Constantine

Voilà un roman comme j'en lis peu. Un ton enlevé, des propos débridés, et une histoire, des histoires en réalité, complètement farfelues. 
Mais un roman qui à l'arrive me plaît car il confirme tout à fait ma devise préférée "La réalité dépasse la fiction". Vous le contastez sans doute tous les jours, comme c'est mon cas, non ?

Revenons-en au chat, par lequel nous entrons dans une famille, dont les personnage sont touchants pour leur justesse et leur humanité. Si j'ai au début été un peu agacée par les propos grossiers, je m'y suis rapidement acclimatée (habituée que je suis, je l'avoue, aux jurons, c'est mal, je sais, et je fais moult efforts pour m'améliorer, croyez-moi.). 
Le plus intéressant dans tout cela, après les personnages et leurs tribulations, c'est la construction de l'histoire. Si la multiplication des personnages et des intrigues peut parfois donner le sentiment d'éparpillement, il ne dure pas, et notre auteure boucle la boucle avec une facilité que je lui envie. Car il ne faudrait pas penser que Barbara Constantine ne sait pas où elle va. Non seulement elle le sait parfaitement, mais elle fonce, et nous mène tambour battant au terme de cette histoire que je vous conseille, chers amis !
 

janvier 10, 2009

Le vent souffle moins fort à Venise


Après avoir découvert Claudie Gallay comme beaucoup d'entre nous au travers de son livre Les déferlantes, grand succès et découverte de l'été, j'ai lu Seule, Venise pendant les vacances de Noël, et j'ai retrouvé sa voix. 
Le personnage féminin qui est peu ou proue le même que dans Les Déferlantes, sortant d'une relation amoureuse forte et quitte son univers quotidien pour Venise au coeur de l'hiver. 
Si l'environnement est tout autre puisque La Hague cède la place à Venise, il n'en est pas moins présent même si moins virulent, tout comme la douleur de l'abandon est ici moins forte, mais toujours au premier plan.
Le vent souffle moins fort à Venise, mais il serait dommage de se priver de cette lecture où une fois encore, la voix de Claudie Gallay est belle et bien présente. 

Seule Venise, Claudie Gallay, Actes Sud 2005,

décembre 12, 2008

Une souris a des soucis

La Souris Bleue, Kate Atkinson
Le Livre de poche, 2006

Jackson Brodie, détective privé de son état, et ancien flic, est appelé à enquêter sur la réapparition de Souris Bleue. 
Rassurez vous, les tenants et aboutissants vous sont donnés au cours de la lecture, qui, si elle est agréable en raison du style souple et de l'aisance de l'auteur à manier les formules, n'en est pas toujours très aisée à suivre. (A l'image de cette dernière phrase.) Voilà une couverture qui pour une fois donne une idée très schématisée du contenu !
Les personnages se succèdent au rythme des chapitres, et peu à peu l'intrigue se noue. Mais je dois avouer que l'exercice de style révélé par la construction du roman n'apporte finalement pas grand chose à l'intrigue. L'effet final est décevant, alors que les personnages sont convaincants et plutôt attachants et que l'auteur brosse un portrait tout-à-fait convaincant de la petite société de Cambridge. Sans compter quelques rebondissements rondement amenés. 
Un petit défaut de construction, donc, mais une lecture agréable, avec juste le brin de suspens qu'il faut.

janvier 23, 2008

Boire le ciel, manger les étoiles


Dans la région des Pouilles, du côté du talon de la botte italienne, une famille porte de génération en génération, le fardeau que leur a laissé leur ancêtre.
Comme dans « La mort du roi Tsongor », Laurent Gaudé nous invite à suivre une lignée, qui portera également des années durant, de père en fille, d’oncle en neveu, le poids de son crime.
Si la trame des deux romans est identique, l’ambiance est tellement différente que cela importe peu. Dans un style d’une simplicité désarmante, et l’air de ne pas y toucher, l’auteur nous fait voyager sous le soleil et jusqu’au cœur des Scorta. Il est tout à fait clair qu’il pour cette région et son peuple un attachement filial, et on finirait également par se sentir de la famille, ce qui est je trouve, une belle preuve d'amour de la part d'un auteur.
Je vous invite très chaleureusement à découvrir ce livre, qui fut prix Goncourt en 2004, si toutefois vous ne l’avez pas déjà lu.

Une fois n’est pas coutume, je vous invite à mettre un instant votre nez dans ces quelques lignes, tant je les trouve touchantes et évocatrices :

"La chaleur du soleil semblait fendre la terre. Pas un souffle de vent ne faisait frémir les oliviers. Tout était immobile. Le parfum des collines s’était évanoui. La pierre gémissait de chaleur. Le mois d’août pesait sur le massif du Gargano avec l’assurance d’un seigneur. Il était impossible de croire qu’en ces terres, un jour, il avait pu pleuvoir. Que de l’eau ait irrigué les champs et abreuvé les oliviers. Impossible de croire qu’une vie animale ou végétale ait pu trouver – sous ce ciel sec – de quoi se nourrir. Il était deux heures de l’après-midi, et la terre était condamnée à brûler."

décembre 31, 2007

Birmane

Birmane
Christophe Ono-dit-Biot
Plon - août 2007

César est secrétaire de rédaction dans un magazine féminin et crève de jalousie devant Blanchart, le "grand-reporter" spécialiste de la Birmanie devant lequel se pâme toute la rédaction.
A l'issue d'une rupture sentimentale rapide, César se jette dans les bras de ce pays, décidé à en rapporter une interview exclusive du plus grand trafiquant d'opium. Inconscient du danger et bardé de son incompétence, César rencontre Julie, médecin humanitaire, et un certain nombre de personnages plus ou moins troubles, qui le conduiront au coeur de la Birmanie actuelle.

J'avais entendu l'auteur parler de ce livre cet été à la radio, et depuis j'avais très envie de me laisser emporter par cette histoire. Finalement il aurait peut-être mieux valu qu'il lise l'intégralité de son livre, car je n'ai pas été emballée par son style que j'ai trouvé haché et fourni d'images un peu grossières. L'histoire quant à elle était cousue de fil blanc et je reste un peu sur ma faim quant à ce que je m'attendais à découvrir de la Birmanie.

Bien. Sans plus.

décembre 30, 2007

Ce ne sont que quelques poils...

La moustache
Emmanuel Carrère
Poche, 2005

Un beau soir, Marc décide de se raser la moustache, et attend avec impatience de connaître la réaction d'Agnès, sa compagne, qui n'en aura aucune. Persuadé qu'elle se moque de lui, n'a-t-elle pas un goût déplacé pour les plaisanteries douteuses ?, Marc s'interroge sur ce qui motive Agnès pour faire durer cette mauvaise blague et se met en quête d'indices pour lui prouver qu'il arborait bien auparavant une moustache. La plaisanterie s'étend au reste de son entourage, et Marc bascule. Qui, de lui ou d'elle devient fou ?

J'ai beaucoup aimé la clarté avec laquelle Emmanuel Carrère écrit la folie. Suivant avec minutie les cheminements tortueux de la pensée, il nous bouscule sans ménagement par l'intermédiaire de Marc, personnage perdu, victime, qui jusqu'à la fin ne parviendra pas à y voir clair. Pour une fois je trouve que la fin est à la mesure du livre, même si l'échappée du personnage m'a laissée perplexe un moment.

décembre 11, 2007

Un mariage, des milliers d'enterrements


Le roi Tsongor va mourir. C'est le titre qui nous le dit. Et en effet, le livre s'ouvre cette promesse de mort, un serment fait des années auparavant par un serviteur fidèle. Le roi Tsongor, lui, va marier sa fille, c'est à la fête qu'il se prépare. Mais un événement va contrecarrer le bon déroulement des festivités, et faire basculer le destin de chaque membre du clan Tsongor dans une destiné écrite à la suite du roi.

Je ne vous en dit pas plus. Pour une fois je n'avais pas lu la quatrième de couverture et tout m'a surprise, c'est très bien comme ça, je crois que désormais je m'efforcerais de ne pas lire le résumé, ce qui va me demander un effort certain, compte tenu de ma curiosité.

Je pense que pour la plupart d'entre vous, ce livre n'est plus une découverte, mais pour ceux qui ne connaissent pas encore l'écriture de Laurent Gaudé, vous pouvez y aller les yeux fermés, si j'ose dire. La langue est réjouissante, les images très évocatrices, tout est dit en quelques mots. Ici, point d'effet de manches ou de champs lexical débridé, chaque phrase, mot, description est juste, il n'y en a ni trop ni trop peu, c'est bien. le livre lui-même est exactement de la bonne longueur, en un mot comme en cent, il est parfait.

octobre 24, 2007

Pourquoi j'aimerais etre la mère des Barbapapas

J'imagine que vous connaissez tous les Barbapapas, c'est déjà une bonne raison pour souhaiter les avoir inventés.
Depuis quelques temps déjà, j'essaie d'écrire. Nous sommes nombreux dans cet état, me semble-t-il, et je bataille terrible avec moi-même pour ne pas dévaloriser ce que je fais. D'abord c'est trop facile de ne rien faire en se disant qu'on ne fera jamais aussi bien écrit QUE, ni aussi original QUE, ni encore aussi génial QUE. Ensuite parce que je me vois mal vivre avec ce désir inachevé. Donc je me débats, je vous l'avoue, avec moi-moi (je voulais écrire "avec moi-même", mais ce lapsus me fait sourire, alors je partage).
En ce moment, je suis un peu coincée sur mes personnages. Et donc je réfléchis, quelquefois (pas tout le temps en ce moment, mais plus que pendant ma grossesse, semble-t-il, puisque j'ai appris récemment que j'ai passé sept mois dans un état mono-neuronal poussif, ce dont je ne me suis même pas vraiment rendu compte, mais que mon homme, doux et tendre - et prudent - a bien pris soin de me cacher). je réfléchis donc à ce qui fait que l'on retient tel ou tel personnage, tel ou tel auteur, et ce matin, je me suis arrêtée sur les Barbapapas, qui m'ont laissé une forte impression, depuis que j'ai quitté le monde de l'enfance. D'ailleurs ce sont des personnages que j'ai vraiment voulu faire découvrir à ma fille dès que possible.
Le fantasme est génial : pouvoir prendre la forme qu'on veut : objet ou animal, végétal, le tout en une fraction de seconde, sans perdre son identité tout-à-fait puisqu'ils conservent leur couleur originale.
En plus, ils se servent de cette capacité pour faire le bien : Barbapapa sauve des gens d'un incendie dans le tout premier volume, en se transformant en escalier.
Le message est également écologique, humaniste, et franchement sympatique. Un peu grosses, les ficelles ? on a plus cinq ans, ceci explique peut-être cela. Un peu daté années soixante-dix ? Ouai, moi aussi je me sens un peu datée.
Les dessins ne sont pas aussi chiadés que certains albums illustrés d'aujourd'hui, mais ce n'est pas l'idée, au contraire, le tout est simple, et fonctionne bel et bien si on en juge leur succès depuis 1970.
Vous aurez sûrement remarqué que Barbapapa est rose et Barbamama noire, et que leurs enfants sont de toutes les couleurs. Un joli clin d'oeil au métissage, je trouve.
Et puis les enfants ont tous leur domaine de compétences, il y a le peintre (le seul à avoir de poils, on se demande un peu ce qu'il a fait pour mériter ça...) le costaud, le copain des animaux et de la nature, la chanteuse, le savant, l'intello, et même la belle (bon, le costaud et la belle, c'est pour compenser, on ne peut pas avoir que des enfants brillants et intellectuels ;o))
Bref, de tout pour se faire un monde et s'identifier, une jolie tribue qui se fabrique des maisons à volonté, et un univers bien personnel.
Tout cela tout en simplicité et sans prétention, ça a de quoi plaire, non ?
Bon, ça ne m'avance guère pour mon texte, mais je voulais rendre un petit hommage à mes Barbapapa chéris, tous plus mignons les uns que les autres, et à leurs auteurs, Annette Tison et Talus Taylor.
Et quand ma fille m'a demandé ce matin "Et toi, tu voudrais être laquelle ?" "Ben, la noire tiens !"
Franchement, ils n'ont pas l'air heureux ?