"Mais qu'est-ce que tu lui reproches, à ce boulot ?"
Si j'écoutais ma mère, je n'aurais jamais changé de travail. Mais jamais comme "jamais de la vie", never of all the time. Peu importe qu'en trois ans et demi ils aient vraiment apprécié la qualité de mon travail et la fidélisation clients, mais pas au point de m'augmenter /de me faire évoluer / de me laisser suivre des formations / de me laisser prendre des jours enfants malades sereinement /de nous donner des RTT / de me valider mes congés moins de 20 jours avant / de me payer tous les 30 du mois / de me payer la totalité de mon salaire en une seule fois...
C'est vrai ça, qu'est-ce que je reproche à ce boulot, au fait ?
"Tu as quand même été bien contente de le trouver, ce boulot !"
Si j'écoutais ma mère, il faudrait que je révère mon parton. Je crois qu'elle voit en lui une figure messianique moderne, qui serait opportunément venue me sauver de l'infâme caniveau du chômage (oui, j'étais en poste, mais le chômage est un spectre omniprésent).
"Il aurait pu te garder jusqu'au bout".
Si j'écoutais ma mère, il faudrait que je remercie mon patron de ne pas m'imposer la totalité de mon préavis. Je me suis quand même pris trois mois, dont un de congés, et un autre à regarder pousser les toiles d'araignées sur mon téléphone, mois d'août oblige. Déficit de motivation faisant, lié probablement à une divergence d'intérêts, on peut dire que ces derniers temps, ma productivité n'est pas optimale.
En même temps, si j'écoutais ma mère, je serais contente d'avoir un boulot proche de chez moi, pas complètement inintéressant, montrant parfois quelques défauts mais dont je m'accommoderais parce que je serais sage.
Mais je crois que je préfère être sage après mes quarante ans.
En même temps, après mes quarante ans, je ne suis pas sûre d'avoir envie d'écouter ma mère...
