septembre 01, 2009

Hydromel et grosses ficelles

Conseils à l’usage d’aspirants auteurs de livres pour la collection Harlequin, d’après La fiancée de l’Irlandais, de Michelle Willingham, n°448.


Je vous invite à faire un petit détour par la couverture, c'est sensuel, chaleureux, viril. Tout y est.

Le texte qui va suivre concerne la collection « Les Historiques », au descriptif prometteur : « Le tourbillon de l’Histoire, le souffle de la passion ».

Voyons, à l’aide d’un exemple (et je précise, un exemple : mes remarques ne vaudront que pour ce volume, puisque je n’en ai jamais lu d’autre, et que, a priori, je n’en lirai jamais d’autre) : quelles sont les caractéristiques les plus frappantes, et quelles grandes lignes il faudra suivre pour, telle Michelle Willingham, composer un roman au souffle brûlant de passion et d’aventure (parce que le tourbillon de l’histoire, il ne faudra pas trop s’attarder, ça n’apporte rien, si ce n’est le vertige à force de tourner en rond sur le contexte).


Choisissez un pays. Votre roman sera ainsi doté d’une culture riche et haute en couleurs.

> Dans le cas qui nous concerne, l’Irlande sera le théâtre de la passion. Des îles, des clans, des hommes rustres, qui promettent des relations âpres, sauvages et authentiques entre les protagonistes.


Choisissez soigneusement le contexte historique (même si vous n’en faites pas grand-chose par la suite, l’essentiel est d’être crédible sur la situation de départ). La guerre permet d’intéressantes combinaisons de situations toutes plus impossibles que les autres entre les différentes nations qui se combattent, et donc de remplir le contrat en matière d’aventure.

> Ici, les normands (dont la méchanceté sanguinaire est tout entière incarnée par le baron de Thornwyck, père d’Isabelle) ont envahi les Irlandais, et, afin d’asseoir son pouvoir, le baron contraint Patrick Mac Egan, son suzerain, roi de Laochre, d’épouser sa fille Isabelle, afin d’assurer sa descendance.

Le mariage forcé a ceci d’intéressant qu’il comporte dans le cas présent une nécessité de dépucelage. La grossesse peut être une contrainte d’un égal intérêt. Les deux sont ici liés, et facilités du fait du contexte historique. Car Patrick ne veut ni déflorer ni engrosser Isabelle pour ne pas céder son royaume aux Normands sanguinaires.

Nous voici donc dotés d’un enjeu de taille pour mener, de tension en allusions, notre lecteur par le bout du nez durant pas moins de 343 pages.


Choisissez des personnages, et donnez-leur les prénoms qui conviennent.

> Isabelle sera la fiancée, notez que son prénom est un premier indicateur de sa beauté, et que personne ne s’égare jamais à l’appeler « Isa ». L’Irlandais portera, quant à lui, le prénom Patrick, qui sied mieux à un Irlandais que Nestor ou Fabrice. De la même manière, personne ne s'aventurera jamais à le surnommer « Pat », d’autant moins qu’il est roi.

Les patronymes sont également déterminants pour permettre au lecteur d’identifier immédiatement les personnages. Ainsi, nous aurons un couple très prometteur composé d’Isabelle de Godred et de Patrick McEgan.


La description de vos personnages sera faite au fur et à mesure de l’avancé du récit. Vous laisserez ainsi votre lecteur libre de se figurer les traits de ses héros, en prenant soin de disséminer quelques indices au fil de la narration.

> Décrit à son arrivée comme « un géant hirsute à la cape boueuse et effrangée », on apprend que Patrick McEgan est doté d’une garde d’émaux et de pierres « fascinantes », ainsi que de « pupilles flamboyantes » toutefois « sombres comme l’ardoise ». Quant à notre héroïne, ce n’est qu’à la page 21 que nous aurons connaissance de la blondeur de sa chevelure, de la fermeté de ses lèvres, de la hauteur de ses pommettes, du brun de ses yeux et de son teint lumineux.

Le caractère et la beauté de vos personnages se disputeront la vedette. De véritables héros pourraient-ils être dépourvus de l’un ou de l’autre ? De ce point de vue, la nature de la collection est là encore déterminante. L’aventure est bien l’affaire des personnages ; choisissons une jeune femme qui se révélera dès les premières lignes hors des conventions et prête à abandonner famille et royaume pour prendre en main son destin. Je vous livre pour illustration les premières lignes de notre titre: « Quelle jeune femme n’a pas rêvé, le jour de son mariage, d’enfourcher son cheval et de fuir très loin pour échapper à son sort? » Si, comme moi, vous n’auriez pour rien au monde fuit à cheval le jour de votre mariage, vous savez déjà que vous ne vous identifierez pas nécessairement au personnage principal. Ce n’est pas grave. Une héroïne Harlequin peut se permettre de ne pas ressembler au tout venant, c’est même souhaitable pour les aventures qui l’attendent, mais n’anticipons pas.


Lancez votre premier chapitre sur les chapeaux de roues : un mariage, une fiancée qui n’a jamais rencontré son promis, et craint fort de se trouver face à « un vieillard édenté ». Veillez à ce que la représentation que la belle se fait de son fiancé frappe l’imagination du lecteur. Savoir que, dans une telle situation, vous craindriez beaucoup plus de tomber sur un imbécile heureux importe peu. Même si il est vrai que l’imbécillité, aussi heureuse soit-elle, dure beaucoup plus longtemps que l’espérance de vie d’un vieux gâteux.

Frapper l’imagination du lecteur sera du reste votre préoccupation la plus vive.

Le premier chapitre sera donc le chapitre de première rencontre entre les fiancés, celui du mariage et du départ de la belle pour son nouveau royaume.

Le second chapitre peut être un peu plus léger, ainsi nous apprendrons majoritairement du second chapitre qu’Isabelle craint les rats.


La suite de l’intrigue sera peuplée de questions. Nos aventuriers progressent dans la connaissance l’un de l’autre, ils se tournent autour, se reniflent « Ses cheveux sentaient la femme », et s’interrogent beaucoup « Pourquoi ses seins semblaient-ils se durcir ? ».

Ils seront attirés chacun à différents moments de l’histoire, nous aurons ainsi l’occasion de détailler, sous de multiples angles, et à différentes reprises, les muscles et la virilité du héros, les courbes, sous un vêtement mouillé, de préférence, de l’héroïne. Du reste, une partie du corps peut suffire à quelques sous-entendus. Ainsi les mains de Patrick sont : « Très grandes et très fortes, elles dénotaient une remarquable vigueur ». Pour la jeune femme, quelques allusions subtiles la compareront tour à tour à une pouliche (p.10), à un animal sauvage qu’il s’agit de dompter (p.18), à un étalon (p.20) etc. Michelle va jusqu’à écrire que Patrick jette à la miche (de pain, ndlr.) des regards concupiscents. En résumé, n’ayez peur d’aucun cliché, ils vous le rendront bien.

Collection aventure donc. L’héroïne a de la chance. Têtue, limite pénible (c’est une femme, elle est blonde, elle ne veut pas comprendre), intrépide, il est bon qu’elle ait ce petit côté Jack Bauer qui lui permettra d’échapper à la mort quand elle traversera à la nage l’eau glaciale du Gouffre, dont elle se demande, en dernière extrémité « Dans ses abîmes, les noyés des temps anciens ne l’attendaient-ils pas, en ricanant ? ».

Cette épreuve lui conférera le statut d’héroïne, comme le constatera notre héros Patrick au chapitre 7 « Son allure était celle des intrépides guerrières de légende ».

C’est alors que tout bascule, elle est normande, mais pas moins femme, il est irlandais mais sacrément homme, si en plus elle est belle, têtue, guerrière, après des mois d'entêtement pour se faire accepter, il suffit d’une petite pression supplémentaire du père, et paf, à la page 247, leur sort est scellé, il la déflore. Avec beaucoup de remords. Ils connaîtront encore un ou deux soucis matériels, puis vivront le reste de leur vie en tant que roi et reine, la tête haute, la voix rauque, les muscles bandés et tutti quanti.

Pour ce qui est du vocabulaire, n’hésitez pas à adopter des termes recherchés, qui enrichiront avantageusement le propos. Par exemple au pays d’Harlequin, les personnages ne boivent pas, ils « s’octroient une large rasade d’hydromel », et sont des « parangons de virilité ». En revanche, le lecteur n’a pas besoin de connaître le terme exact qui désigne la langue des irlandais de l’époque, il suffira d’écrire que les femmes « parlaient dans leur langue », tout le monde comprendra.


N’ayez pas non plus crainte de vous répéter. Le lecteur est oublieux, il peut être bon, au début d’un chapitre, de résumer l’enjeu du roman, on ne sait jamais. Ou de redire combien les deux protagonistes ont été violemment attirés l’un par l’autre trois pages auparavant. C’est la technique du réchauffage de braises. De même, les sous entendus doivent êtres clairement énoncés « Par son intimité comme par la puissance de sa pénétration, cette prise de possession était comme la figuration de celle que Patrick s’interdisait. »

Quant aux formulations, elles seront de préférence compliquées, négatives, on décrira avantageusement ce qu’un personnage n’est pas, plutôt que d’écrire tout simplement ce qu’il est.


Enfin, ne lésinez pas sur les fins de chapitres qui, en une phrase simple et percutante, informeront le lecteur de l’état d’esprit dans lequel il laisse son personnage. Ainsi, malgré l’adversité, Isabelle songe, au terme du chapitre premier « Il ne fallait pas que son mari, si inquiétant qu’il fut, soit dévoré par une meute de loups » ; fin du chapitre 6 « D’un geste rageur, elle fit tomber la grande cape. » ; chapitre 7 « N’y tenant plus, elle lui prit la bouche » ; et ma préférée « La folie allait s’emparer d’elle, sans doute, mais quand ? » (chapitre 22).


Vous l’aurez compris, il y a beaucoup à dire sur un Harlequin. Je m’en tiendrai donc là. En espérant que vous aurez eu un aperçu du plus drôle de ma lecture.

Pour le moment, je n’ai encore pas réussi à ouvrir un autre livre depuis que j’ai fini celui-ci.

Traumatisée par tant de talent, sans doute.

Une très bonne, et très drôle critique du même ouvrage chez Cryssilda.


Billet écrit dans le cadre des Harlequinades 2009.

Hier encore

Hier encore, le soleil laissait espérer un petit coup de pouce de l'été pour la rentrée.
Ce matin, le mois de septembre arrive de plein fouet, les nuages sont comme des bâches remplies d'eau qui n'attendent qu'une occasion de nous tomber sur la tête, et même si j'ai joué ma crâneuse en gardant mes sandalettes aux pieds parce que je n'ai pas peur de l'eau, ce n'est quand même plus pareil. Du tout.

Hier encore, je croyais que l'été allait durer toute l'année, que les barbecues entre copains et les bombes dans la piscine avant le verre de rosé, c'était la vraie vie.
Ce matin, vissée à mon siège devant mon écran beaucoup trop grand, je me surprends à espérer que la vraie vie ne soit pas trop dure avec moi, si j'y mets un peu du mien.

Hier encore j'avais cette grande jupe blanche et noire, pleine de tissu, qui tombe sur les hanches et me donne l'impression d'être une BB brune. Bon, aujourd'hui, c'est pas pire, j'ai mon tee-shirt qui rock et mes sandales en or.
Mouillées, mais en or.
(Et oui, je porte aussi un pantalon, je travaille dans une agence respectable, quoiqu'on en dise.)

Et je songe que cette année, si je dois prendre une résolution pour cette rentrée (même si je me défends de prendre des résolutions, ça craint, ça laisse croire que je ne suis pas tout-à-fait cet être parfait que tout le monde croit), c'est définitivement de renouer, coûte que coûte avec un état d'esprit positif.
Oui, quand il pleut, ça me bouffe le moral, c'est comme ça. Mais ce n'est pas une fatalité.
Le gris, c'est chic, surtout quand c'est en flanelle, et puis... le soleil n'est peut-être pas parti pour longtemps...


Et est-ce qu'une chanson qui pète et qui rappelle l'été, une soirée ou deux à danser comme une dératée ne ferait pas l'affaire... ? SIIIIII !!!

Alors go !

août 21, 2009

Enlève-moi tout de suite tes mains de la gazinère


Edimbourg, 1874, le jour de la naissance de Jack est aussi le jour le plus froid du monde. Quand Jack naît, Madeleine, la sage-femme, remplace son coeur gelé et brisé par une horloge.  
Son coeur bat au rythme du mécanisme, mais Jack doit respecter les règles que lui impose Madeleine : "Premièrement, ne touche pas à tes aiguilles. Deuxièmement, maîtrise ta colère. Troisièmement, ne te laisse jamais, au grand jamais, tomber amoureux. Car alors pour toujours à l'horloge de ton coeur la grande aiguille des heures transpercera ta peau, tes os imploseront, et la mécanique du coeur sera brisée de nouveau." 
Mais peut-on demander à un jeune homme de ne pas se laisser tomber amoureux ?
Surtout quand il croise le regard d'une petite chanteuse "une fille minuscule avec des airs d'arbre en fleur".

La mécanique du coeur est un roman plein de poésie, à l'univers onirique. L'ensemble fonctionne comme une gigantesque foire aux personnages rafistolés, et parfois rouillés, aux faux contacts et aux airs dézingués touchants. 
Les images m'ont beaucoup touchées, et si je ne connais pas très bien la musique du groupe Dionysos, dont Mathias Malzieu est auteur, compositeur et interprète, ce livre, dont il a également fait un album, me donne très envie de la découvrir. 
Je ne peux que vous encourager à le lire, et pour vous en donner un petit aperçu, voici un extrait des premières pages :
"Elle pleurait déjà en escaladant la colline pour arriver ici. Ses larmes glacées ont rebondi sur le sol telles les perles d'un collier cassé. A mesure qu'elle avançait, un tapis d'étincelants roulement à billes se formait sous ses pieds. Elle a commencé à patiner, puis a continué encore et encore. La cadence de ses pas est devenue trop rapide. Ses talons se sont emmêlés, ses chevilles ont vacillé et elle a chuté violemment en avant. A l'intérieur, j'ai fait un bruit de tirelire cassée." 

La mécanique du coeur
, de Mathias Malzieu - éditions J'ai lu, 156 p.

août 17, 2009

Quand faut y'aller...

Une fois que les idées sont ficelées, que les personnages invités se sont installés, ont pris part à l'action, ont échangé quelques propos et joué leurs rôles comme il se doit, une fois que l'histoire est bouclée, lue, relue, testée, appréciée, retouchée et peaufinée.

Une fois que le texte est propre, décoquillé et bien présenté...
Il ne reste plus qu'à l'envoyer les doigts croisés (ce qui n'est pas des plus aisé, j'en conviens).
So long...

août 10, 2009

Back in town

Me voilà tout juste rentrée.
J'ai pris le bateau, la voiture, le train, le métro et re-le train, posé mes sandales encore pleines de sable sur le lino de l'agence, rangé mon sac de voyage dans un coin, lui et toutes mes photos de vacances sagement archivées dans mon ordinateur.

Ce soir je renouerai avec mon chez moi pour de bon.
Et j'alignerai sur mon bureau mes quelques trophées glanés pendant ces quelques jours loin de mes habitudes, loin de mes manies, loin de mes tracas.

Aujourd'hui c'est la rentrée pour moi, mais... j'ai de la mer plein la tête, de l'iode plein les narines, du large plein les yeux, et des projets plein mes valises (et du sable plein mes sandales, donc).
Je vais me faire un joli programme pour la rentrée, la vraie.

Pour le moment... c'est la rentrée de May-qui-travaille, mais j'ai encore un peu de temps avant de reprendre le rythme haletant de tous ces jours. De tous les jours qui fatiguent, qui usent, et qui forcent à penser, beaucoup, à la place de rêver.

J'aime trop rêver.


juillet 22, 2009

L’envie en vie

Des fois, j’aimerais que quelqu’un me rassure, en me disant de quoi demain sera fait. A quoi m’attendre, sur qui compter, comment m’y prendre.

Des fois, j’aimerais que quelqu’un me dise de persévérer, que je vais y arriver, que je serai éditée, et que je pourrai écrire à l’envie.

Des fois j’aimerais que quelqu’un me dise d’aller plutôt vers telle ou telle voix, qui me correspond plus (les nouvelles, plus que les contes pour enfants, les dialogues, plus que les histoires rimées... ou le contraire).Même si je continuerai à écrire un peu tout parce que c'est comme ça que ça me plaît.

Mais ce quelqu’un, complètement fantasmatique, n’existe pas. Sauf si j’écoute mon instinct. Et mon envie.

J’ai une très grosse envie, justement, d’écouter mes envies, de persévérer, et d’avancer. Même si là où je vais, c’est encore un peu flou.

Ce que c’est d’être myope.

juillet 20, 2009

J'adore l'ennui

Êtes-vous cap de vous faire une journée "normale" sans Internet ?

Comment ça, pourquoi faire ?
Pour voir, quoi.

Vous allez me répondre qu'une journée "normale", pour vous, est précisément une journée AVEC Internet.

Je reformule : êtes-vous cap de passer une journée, normale ou non, donc, sans vous connecter une seule fois à Internet (que ce soit par le biais de votre ordinateur ou de votre téléphone) ?

Pour la première fois, je vais partir sur mon île avec mon téléphone qui me permet de consulter mes mails, et je me demande "vais-je débrancher ?".
En temps normal, je dirais que non, je ne débranche pas vraiment. Je suis trop curieuse, en fait.
Mais je crois que j'ai envie de vivre une expérience forte. Même si je ne me sens pas très cap...
Comment ?
Oui, je dois reconnaître que je mets de l'aventure où je peux, en ce moment ma vie est un tantinet plan plan.
Que voulez-vous, life is maybe a stage, mais ce n'est pas non plus Hamlet tous les jours, voyez...

J'envisage également de me faire La recherche du temps perdu l'intégrale. Et pas parce que j'ai peur de m'ennuyer. Je ne m'ennuie jamais.
Même quand je suis au bureau en plein été alors que tout le monde se bronze la couenne au soleil.
J'adôôôre m'ennuyer, ce qui ne m'arrive pas assez. D'où cette lecture fort à propos.

Vous l'aurez compris, je vais bientôt joindre ma couenne à celle de toutes ces gentilles personnes qui vous ont laissé leur place dans le métro le matin. Du moins à quelques unes d'entre elles, s'agirait pas non plus de se retrouver sur la plage aux heures de pointe.

PS. : Ah oui, et parce que j'ai définitivement laissé de côté tous mes scrupules intellectuels, pour vivre à fond chaque aventure qui se présente, je me suis inscrite aux Harlequinades 2009, dont la vocation est de lire la société à travers l'Harlequin, ce qui ne laisse pas de m'interpeller.
Je vais donc lire mon premier Harlequin (tout arrive), et vous en parler, vous imaginez bien.
C'est vraiment une semaine spéciale, non ?

juillet 18, 2009

Tout effacer et tout reprendre

Attention, ceci est un message à usage personnel, sur ma vie, mon blog, et toutes les questions inutiles que je me pose à son propos.

Parfois, il me prend l'envie de tout effacer, et de tout recommencer au propre.
Quand je vois ma fille barrer sauvagement un dessin parce qu'elle a écrit de travers, ou parce qu'elle a raté un bout de pétale, ça me fend le cœur.
De la même manière, quand je me surprends à imaginer que je pourrais supprimer ce blog et en ouvrir un nouveau, tout beau, réfléchi, avec un vrai angle (la littérature, ou l'écriture, ou... ma vie...), je suis plutôt enthousiaste, mais rapidement je suis déjà nostalgique d'une fin éventuelle de ce blog-ci. Je suis très nostalgique, je vous l'ai peut-être déjà dit.

Parce que je l'ai ouvert sur un coup de tête, et que je l'alimente de la même manière, un peu tous azimuts.

Parce qu'il est brouillon, mais je suis comme ça.
(C'est terrible, j'aimerais vous dire que je suis structurée comme ci comme ça, mais non, j'écris sur une idée qui passe par là, je publie parce que j'ai envie de partager ça.)

Parce qu'il est irrégulier, mais je suis comme ça.

Parce qu'il est superficiel. Je suis superficielle.
(J'aurais dû intituler ce message "Toutes ces vérités que vous auriez préféré que je taise pour conserver l'image d'icône parfaite que vous avez certainement de moi", mais je ne voulais pas d'un titre trop racoleur).
Mon blog a tous les défauts du monde, mais j'y tiens.
La seule vraie raison que j'ai trouvé pour ne plus écrire dans ce blog, serait que je pourrais passer plus de temps à écrire "pour de vrai".

Quand j'écris ici, et que je vous parle, je sais que je ne serai pas lue par beaucoup, et je trouve toujours ça un peu pathétique les gens qui parlent dans le vide.
Quand un ami m'appelle, et que je ne me suis pas préoccupée de savoir comment il allait depuis des mois, et que finalement, ben ça va pas, je pense immédiatement que c'est très bizarre, finalement, d'aller voir souvent sur les blogs des gens comment ça se passe, et de ne pas faire la même chose pour les personnes que l'on connaît vraiment.
Mais les blogs, ça mouille moins que la vraie vie. Je crois que des fois, j'en ai soupé d'être mouillée, alors je viens sécher derrière mon écran.

Alors il est possible qu'un jour je délaisse ce blogounet, vous saurez que c'est parce que je me suis mise à l'écriture pour de vrai.
Il est aussi possible que je reprenne des vraies critiques, longues et argumentées, alors vous saurez que je suis au chômage ^^ !
La vérité c'est que mon blog et moi, c'est "ni avec toi, ni sans toi".
Quant à vous, j'ai besoin de savoir que vous êtes là, de temps en temps.
Tout ceci est très bizarre, non ?

juillet 14, 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates


Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, éditions Nil,
avril 2009.

Londres, 1946 - Juliet, écrivain, cherche un sujet de roman qui lui permettrait de sortir des chroniques humoristiques qu'elle avait l'habitude d'écrire pour un quotidien. Elle reçoit un jour une lettre d'un habitant de Guernesey, qui a hérité d'un livre lui ayant appartenu. Une correspondance s'installe entre Juliet et plusieurs habitants de l'île, à travers laquelle ils se racontent, eux, mais aussi l'île sous l'occupation.

J'ai trouvé très agréable cette lecture qui, au fil des lettres, nous conduit d'un personnage à l'autre au cœur de Guernesay, au cœur de l'occupation, et dépeint toute une galerie de personnages aux caractères globalement enjoués, distrayants et touchants.
Le ton, le traitement épistolaire, et le personnage de Juliet, très attachant en femme écrivain trentenaire célibataire, m'a rappelé celui de 84, Charring Crossroad.
J'aime renouer avec des expressions désuètes, et ce ton ironique l'air de ne pas y touche ne cesse de me divertir.
On y lit également une présentation de l'occupation, où les allemands ne se contentent pas d'être l'ennemi impitoyable mais peuvent aussi faire preuve d'humanité, ça change ; ainsi que le réveil d'un peuple qui recommence à se réjouir timidement au terme d'une guerre qui les laisse dépossédés de beaucoup de matériel, mais d'assez peu de leurs richesses intérieures.
Au cœur de ces lettres, un roman voit le jour, un personnage est évoqué, différemment, et des amours en tous genres se nouent.
Un joli roman, distrayant, touchant, cocasse parfois, que je vous encourage à lire.

juillet 10, 2009

La nostalgie des souvenirs

ça y est. J'ai reçu il y a deux jours le courrier des domaines qui va nous permettre de vendre la maison de Bretagne. Maison de vacances de notre enfance.

C'est un soulagement, bien sûr.
Cela fera quatre ans qu'elle n'est plus habitée et marine dans son jus. Nous n'avons pas les moyens de la racheter, surtout pour payer 55% de sa valeur en plus aux impôts...
Soulagement parce qu'elle est dans un état d'abandon depuis des années.

Déchirement terrible en même temps.

Le deuil des lieux de notre enfance est long, particulièrement quand les éléments matériels le font durer plus qu'il ne faudrait.

J'y suis attaché, à cet endroit. Mais de ces attachements qui nous retiennent à des choses qui n'existent plus. Je suis attachée à mes souvenirs.

Mon frère et moi y étions seuls avec notre grand-mère, les mois de juillet.
Nous prenions le train à la gare Montparnasse. Il était omnibus, mettait des heures. Nous passions par Laval, entre autres gares (lecture de droite à gauche et de gauche à droite), arrivions à Quimper, prenions un taxi.
Peu avant d'arriver enfin, nous retrouvions tous les symboles : la plage, immense et magnifique, le petit pont sur la mer, les rochers de granit énormes, les arbres poussés courbés à cause du vent, la maison de Suzanne, qui tenait autrefois un bar et nous offrait toujours des sucettes, la maison du docteur avec la grande ancre dans le jardin.
Et puis la maison. Inventaire. Nos arbres ont grandi, nos journaux sont toujours là. Le vieux lit en fer blanc est toujours caché derrière la maison. Le poteau en bois sert toujours de banc. Les voisins, le petit raccourci, la haie de troènes. Des milliers d'odeurs se bousculent, que je ne peux pas partager avec vous. Richesse immense de la mémoire olfactive qui m'envoie les parfums à mesure que remontent mes souvenirs.
Et les journées ! Nous faisions nos devoirs de vacances le matin, dans la cuisine, en écoutant son 33 tours d'Yves Duteil (si ça c'est pas de la torture !).
Je me rappelle très bien que ma grand-mère m'avait appris l'heure au cours d'une de ces séances studieuses. Ensuite nous allions acheter les espadrilles ("une taille en dessous, ça se détend beaucoup" : et on me demande pourquoi aujourd'hui j'exècre les espadrilles???), puis plus tard, des tongs, qui ruinent les pieds quand on fait du vélo.
Nous déjeunions, siestions, puis nous rendions à la plage, mais devions attendre pour ne pas risquer l'hydrocution.
C'est pas folichon, ce programme. Et les heures passées à bouquiner les Aggie, les pieds Nicklés et la comtesse de Ségur dans le jardin, ou les heures passées à organiser un énorme rocher dont nous connaissions les moindres trous et les moindres niches ("Ici le salon, ici la cuisine, là, le garage, avec la voiture). Les promenades, montée au phare, immense, un des plus grands, pélerinage au rocher du préfet, à la chapelle, ses vitraux... Sans compter la trottinette géante, les explorations dans la crèche, et la chasses aux fourmis, armée d'un pistolet de produit pour les vitres.
Vraiment.
Des journées peuplées de vide, de lenteur, et d'ennui, qui me laissent malgré tout nostalgique même si j'avoue que le bilan de nos activités me laisse perplexe, et me pousse à conclure qu'en effet, l'ennui n'est pas une mauvaise chose.

Aujourd'hui nous avons pris nos quartier dans un autre coin de la Bretagne, et j'espère que mes enfants auront eux aussi cet attachement qui me fait revandiquer mon nom, même si je ne suis pas une vraie de là-bas. J'espère qu'eux aussi auront ce goût pour le vent, la mer, et les promenades pieds nus sur les tapis d'herbe grasse des côtes.

Mon père nous racontait souvent comment mon grand-père avait acheté cette maison à la bougie. Ma grand-mère, surtout. Avant que la troisième bougie ne s'éteigne, elle a mis un grand coup de coude dans ses côtes pour le réveiller car il dormait. ça me semble incroyable d'ailleurs de dormir pendant une vente à la bougie.
Nous allons la vendre. A la bougie peut-être ?
J'espère qu'elle aura la chance de tomber sur un propriétaire qui aura à coeur d'en prendre soin, et qui en profitera bien.

juillet 09, 2009

Les bons moments qui durent

Selon cette article du Monde, des chercheurs auraient découvert une propriété inattendue à un médicament prescrit en cas de greffe, celle de prolonger l'espérance de vie d'une souris de 14%.

De là à titrer "Vivre plus longtemps grâce à une pilule ?", il n'y a qu'un pas, que Le Monde s'empresse de franchir en se prémunissant cependant d'un point d'interrogation.
Et c'est très bien, parce que vous me connaissez, j'adore les titres tape à l'œil.

Et là, j'ai envie de dire "Vivre plus vieux, brrrr... mais pour quoi faire exactement ?"

Pour être grabataires plus longtemps ?
Pour être à la charge de nos enfants plus longtemps ?
Pour se payer des Alzeihmer plus longtemps ?
Chouette alors, on va bien se marrer.
On va creuser le trou de la Sécu (il n'existerait pas une petite pilule pour le combler, ce déficit ?), l'entretien des vieux va devenir un vrai job lucratif, et on sera tous à la charge de nos descendances respectives.
ça promet de chouettes parties de Bingo, le soir, au son des respirateurs.

Pour quoi faire, vivre plus vieux ?

Moi je veux bien, les progrès de la science, et ça a un côté assez enthousiasmant de repousser les limites. Et vivre plus longtemps, finalement, je me laisserais bien tenter, moi. Si on me promet que le cancer, la sénilité, Alzeihmer et consorts seront traitables, que je pourrai m'assumer seule pour ne pas peser sur mes enfants, et que nous aurons oeuvré pour sauver la terre.

Parce que si c'est pour vivre plus longtemps malade, sans retraite et sur une planète qui nous lâche (de notre faute, en plus, bravo), là, je ne suis pas sûre.

Aujourd'hui il fait gris. Quand il fait gris, je suis pessimiste.

juillet 08, 2009

La patience n'est pas ma vertu principale

Comment lutter contre l'ambiance générale, qui est, il faut bien l'avouer, à la farniente et au ralentissement neuronal ?

Pourquoi, me demanderez-vous, souhaiterais-je y résister ? Quelle drôle d'idée, c'est tellement plus agréable de se laisser mener par ses envies, de terrasse, de sieste, d'une séance de cinéma ou de plage, soyons fous.

Hé bien... peut-être parce que mes clients, ces êtres dénués de cœur, m'obligent à continuer de travailler, alors même qu'autour de moi, tout n'est que paresse, mollesse et amusement futile.

Comment faire revenir mon esprit dans le droit chemin ?
J'ai beau faire tourner en boucle ce mantra dans mon esprit : "ne pas rêvasser, ne pas rêvasser, ne pas rêvasser", et paf! Je me surprends à rêvasser.

Je bavasse, je surfe, et ça ne fait pas avancer mes affaires, tout ça.
Devrais-je enfiler une paire d'œillères mentales ?
A quoi ça pourrait bien ressembler, d'ailleurs ?...


je vous raconte ça, mais vous vous doutez bien que tout ceci n'est que fiction.
Je suis bien sûr une salariée exemplaire, à qui ne viendrait jamais à l'idée de se connecter sur Internet pour voir d'autre sites que ceux de ses clients bien aimés.

Il n'en reste pas moins que lorsque je me rends à mon travail, petite fourmi besogneuse, et que je croise tous ces gens en short et autres tongs, munis d'une valise à roulettes qui crie la liberté et les grands espaces, mon cœur se serre.

Je voudrais être en vacances, moua zaussi !

juin 22, 2009

Comment tu lis ?

1# Plutôt corne ou marque-page ?

Marque-page. Des jolis, qui restent sur mon bureau, et des pratiques pas beaux qui marquent mes pages...

Je n’ai jamais été capable de corner un livre.


2# As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Quelle drôle de question ! Tout le monde sait que je ne lis pas !


3# Lis-tu dans ton bain ?

Oui, des magazines ! J’ai trop peur de faire tomber mon livre. D’ailleurs, une très bonne amie m’a offert il y a quelques mois pour mon anniversaire un livre de poche qu’elle avait lu et fait tomber dans son bain !

Il est complètement gondolé, gonflé. C’est en quelques sortes un livre personnalisé… Au début je me suis dit « Elle est gonflée ». En fait, c’est ça. Elle est gonflée, c’est tout elle, c’est pourquoi je l’adore.


4# As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Aujourd’hui vous voulez dire ?!

Oui, j’y ai pensé, j’y pense encore et toujours, et je n’ai pas fini d’y penser !


5# Que penses-tu des séries à plusieurs tomes ?

Je dis oui ! J’en pense que si la cohérence et le rythme sont là, j’adore les séries. En revanche, c’est certainement un travail de titan qui ne cesse de m’impressionner.


6# As-tu un livre culte ?

J’ai des livres cultes par période. J’ai eu ma période Le monde selon Garp-culte, puis Cent ans de solitude-culte. En ce moment je sors de ma période L’ombre du vent-culte pour vivre à fond ma période Tobie Lolness-culte !


7# Aimes-tu relire ?

Parfois. Ado j’ai relu trois fois Bonjour tristesse en quatre ans je pense.

Des fois j’ai besoin de comprendre ou de me remémorer ce qui m’a plu. D’autres fois, je teste, pour voir si le livre tient le choc dans le temps… Mais globalement, il y a trop de livres qui m’appellent pour que je relise ceux déjà lus.


8# Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimés ?

Ne pas. Je préfère que ces êtres qui ont réussi, eux, à accomplir cet acte de bravoure qu’est l’écriture d’un livre, ne soient pas trop de chair ;o)

En vrai j'aime écouter leur interview, découvrir comment ils écrivent.


9# Aimes-tu parler de tes lectures ?

J’adore essayer de « contaminer » les gens du plaisir que j’ai eu à lire un livre, oui, j’avoue.


10# Comment choisis-tu tes livres ?

Dans les blogs, principalement, dans Le Monde des livres parfois, et en ouvrant au hasard, pour goûter l’atmosphère. Surtout, j’évite les 4e de couvertures. On compte sur les doigts de la main celles qui valent le coup d’être lues. C’est un métier…


11# Une lecture inavouable ?

Et si c’était vrai ? Du M. Levy… Complètement inavouable, isn’t it ? La curiosité, je vous dit !


12# Des endroits préférés pour lire ?

Dans l’ordre de préférence : dans mon lit, au chaud. Dans un hamac, au frais. Dans le train, pour l’isolement, et en voiture parce que des fois, la lecture n’attend pas.


13# Un livre idéal pour toi serait ?

Idéal… un livre qui, quand je l’ouvre, me donnerait des pistes pour comprendre le monde autour de moi… Tous en somme !


14# Lire par dessus l’épaule ?

Je suis toujours tentée de le faire, mais je ne supporte pas qu’on me le fasse !


15# Télé, jeux vidéos ou livre ?

Je n’ai définitivement pas la télé, les jeux vidéos me laissent de marbre, donc livre ! Trois fois livre !


16# Lire et manger ?

Oui, mais surtout pas en même temps, je trouve ça trop triste.


17# Lecture en musique, en silence, peu importe ?

En silence, surtout. Ou alors avec juste le chant des oiseaux dehors, j’adore.

Mais je connais des gens qui me parlent quand je lis ! Par pitié, ne faites pas ça !!!


18# Lire un livre électronique ?

Froid ! beurk… Et puis on passe déjà trop de temps sur des écrans.


19# Livres empruntés ou livres achetés ?

Plutôt achetés, je suis mal à l’aise avec les livres empruntés, j’ai constamment peur de les abîmer. Et comme je suis très matérialiste, j’aime l’idée de les avoir toujours à portée de main pour en relire un passage, renouer avec leur atmosphère.


20# Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ?

Je viens de finir Tobie Lolness, dont j’ai adoré et donc dévoré les deux tomes, même si j’ai essayé de faire durer un peu le plaisir sur la fin.

J’aime bien prendre un peu de temps avant de replonger dans autre chose.

Et je ne sais jamais à l’avance ce que je vais lire. Ça dépend de mon envie au moment où j’en choisis un nouveau dans ma PAL.


21# As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?

Oui, mais alors, ça me coûte ! Dans ces cas-là, je subis un mélange douçâtre de sentiment d’échec et de curiosité inassouvie. C’est pour cela que j’abandonne rarement des livres en cours de route. J’ai besoin d’en avoir le cœur net avant de pouvoir dire pourquoi je n’ai pas accroché.


22# Tu taggues qui ?

Euh… qui ne l’a pas déjà eu ?!

juin 17, 2009

Les gens ne quittent pas l'Afghanistan pour venir se doucher à Calais

Les amis l'heure est grave.
Les réfugiés à Calais vivent moins bien que la plupart des chiens de nos foyers français, et ce n'est pas peu dire.
Je viens de lire cet article dans Libération, sur la situation sanitaire pitoyable des 500 personnes en attente d'une vie meilleure.
Évidemment ils ne devraient pas être là, évidemment ce camp ne devrait pas durer, et une femme enceinte n'aurait jamais dû, elle non plus, se trouver là. Mais ils sont là.
Samedi soir, un jeune homme de 20 ans s'est noyé en se lavant, tant bien que mal, dans des endroits qui ne sont pas prévus pour.
Et la mairie de Calais refuse le permis de construire des douches au Secours Catholique, enfin, refuse... accepte, mais à 14km de là, c'est tellement plus pratique.
Eh bien voici donc un bel exemple de non-prise de nos responsabilités.
C'est vrai que c'est drôlement plus facile de faire comme si ils n'existaient pas.
Les gens du gouvernement et moi, on a pas le même problème de conscience, manifestement.
Et encore moins le même respect de l'homme. Et de la vie.

Nota: le titre est la phrase de conclusion de l'article de Libération, que je vous invite vraiment à aller lire. Et qui aurait mieux à faire hors des pages de l'édition régionale.


juin 11, 2009

Tobie Lolness

Tobie Lolness, écrit par Timothée de Fombelle, illustré par François Place, éditions Gallimard, 2006.
1er tome : la vie suspendue.

Tobie Lolness mesure 1 millimètre et demi et vit dans un arbre. Il fuit. Mais pas seulement.

Voici un roman pour enfants autour duquel j'ai tourné pas moins de trois ans !
Je doutais de mon goût pour les aventures d'un lutin, foin de cela, c'est un petit garçon.
Il me semblait trop épais, mais il se dévore.
Je redoutais son succès et ma jalousie légendaire envers les auteurs doués. J'avais raison.

Ce roman d'aventures est écrit dans une langue poétique simple et extrêmement efficace. La construction de l'histoire est élaborée juste ce qui est nécessaire pour donner du rythme et ménager un suspens tout à fait raisonnable.
Il y a de l'humour, de l'humour comme j'aime, un peu d' l'amour, et une peinture assez juste de notre société moderne, le tout dans des proportions ni trop ni trop peu.
Quant au monde dans lequel évolue Tobie, peuplé d'insectes et autres larves, l'auteur s'en amuse, en joue avec brio, et imagine une société complète.

Les illustrations de François Place me laissent perplexes car elles représentent les choses différemment de ce que je les imaginais, mais pourquoi pas.

Comment vous dire ? J'adore ce livre, j'aurais adoré l'écrire, je suis donc effrontément jalouse de son auteur ! C'est moche, je sais.

Le second tome : les yeux d'Elisha, a paru en 2007.
Les deux tomes sont réunis en un seul volume, mais il n'existe pas à ma connaissance d'édition poche.

Les avis de Clarabel, Florinette, Yueyin, entre autres... !

juin 06, 2009

L'amour est à la lettre A

L'amour est à la lettre A, de Paola Calvetti, paru aux Presses de la Cité. Traduction de Françoise Brun.

L'histoire est fort simple: Emma, 50 ans, choisit de donner un tournant radical à sa carrière en quittant son job harassant de traductrice over the world, pour ouvrir une librairie entièrement consacrée à l'amour au coeur de Milan.
Elle trouve rapidment un post-it sur un des livres: Federico, son amour de jeunesse, est de retour, leur histoire peut reprendre comme au bon vieux temps.

S'ensuit une correspondance dans la durée, sur environ quatre ans, durant laquelle la relation amoureuse évolue peu, entrecoupés de récits de la narratrice où nous la suivons dans sa librairie à laquelle tout sourit. Emma et Federico ne se téléphonent pas, ni ne s'envoient d'e-mail, Emma étant absolument réfractaire aux nouvelles technologies (un peu excessif à mon goût mais passons), et une fois par an, ils se retrouvent à Belle-Ile pour quelque jours.

Plusieurs choses m'ont plu dans cette lecture.
D'abord de très bonnes idées quant à la librairie : quand on aime les librairies, c'est fantasmatique de découvrir Rêves&Sortilèges : l'élaboration des vitrines, véritables mises en scène, les intitulés des rayons, l'ambiance etc.
L'atmosphère : la vie milanaise et les petits commerces qui donne envie de se fondre dans la vie quotidienne des italiens et dans ce cercle d'amateurs de littératures qui deviennent tous amis au point de former à la fin une grande famille.

Quelques bémols :
La trame est un peu faible.
J'ai trouvé que les deux protagonistes n'étaient pas assez attachants, les personnages secondaires sont presque plus touchant.
Et les lettres "d'amour" ne m'ont ni convaincue ni touchée. Emma et Federico semblent d'entrée de jeu se remettre sur des rails et entrer dans une relation routinière où les sentiments ne viennent pas jouer les perturbateurs. Tout cela est un peu lisse.

En revanche, trop c'est trop : la librairie devient un haut lieu médiatique, le "coin-café" du départ devient une auberge puis reçoit carrément des entreprises, Emma ouvre également un hôtel pour recevoir des auteurs, et vend dans sa librairie des bougies parfumées, des tasses et autres magnets. Pourquoi pas, ces idées sont sympa prises individuellement, mais l'accumulation nuit à la crédibilité.
Federico est architecte, travaille à New-York, et nous abreuve de notions d'architecture, l'aspect documentaire dessert le roman.

Et petite note personnelle, j'ai été scotchée car je ne m'attendais pas à lire les descriptions de Belle-Ile et de certains de ses habitants tels que j'ai pu les rencontrer.

L'auteur dit que dans cette histoire "Tout est vrai". C'est-à-dire ?
La réalité dépasse la fiction, c'est vrai, je le constate tous les jours.
Quand la fiction dépasse la réalité, ce n'est pas toujours crédible, c'est dommage.

Au demeurant, j'ai cependant passé un agréable moment.
Merci Fashion pour le prêt !

D'autres avis :
Cuné, Fashion, Wictoria.

Et le site de la librairie : www.librairierevesetsortileges.fr

juin 01, 2009

solidarité pour les salariés

Je bosse. Bon. Passons, ça arrive à des gens très bien, et je ne suis pas la seule.

Même si on l’a appris il y a 15 jours, ce qui n’est pas très fair play.

Passons(bis).

Ce matin, il y avait de la place dans le train, de l’air frais, un joli soleil, je positive en me disant que je vais pouvoir avancer un peu sans les appels de mes clients pour me perturber tout mon sens de la gestion des priorités.

Et puis en arrivant à l’agence, je découvre rapidement que mon boss, cette chère âme, n’est pas là.

J’apprends fortuitement qu’il a reçu des places pour Roland Garros.

Soudain... je me pose cette question que je prenais soin jusqu’à présent d’éluder : jusqu’à quel point est-ce que je me sens solidaire ?

Parce que je suis quelqu’un de conciliant. Pas quelqu’un de facile, mais de conciliant.

Alors la journée de solidarité, je veux bien, mais c’est pas un peu antithétique un boss qui demande à ses salariés de venir travailler un jour férié par solidarité, mais qui lui n’est pas solidaire de ses salariés et des personnes âgées ? (Tout ça, au passage, c’est de leur faute, hein !). On franchit une ligne, là, non ?

Je sens que l'agacement me gagne.


edit de 16h17 : on me dit à l'oreille "console-toi, quoiqu'il arrive, c'est lui qui paye, et d'autre part, le coca à Roland Garros doit être méga cher..." - oui. ça me console un peu...