mai 25, 2007

What a day

Hier.
Je suis sortie pas mal dans la journée, j'étais tellement fatiguée que de croiser tous ces parisiens qui me rentraient dedans comme si j'étais invisible m'a démontée. Je les comprends, ils sont pressés, ils filent faire les courses et prendre l'air pendant leur pause déjeuner, mais je suis là quand même ! Je suis là avec mon ventre de femme enceinte de six mois, je ne vais pas mettre un néon clignotant pour éviter les nanas qui te collent un coup de sac, les mecs qui te rentrent carrément dedans. Je ne suis pas super vive physiquement en ce moment je dois le reconnaître, mais quand même.
Bref, ayant de l'avance pour mon rendez-vous chez le médecin, je décide de manger un sandwich dans le jardin privé de la résidence où se trouve le cabinet. Cette résidence est un havre de paix, avec pelouses, fleures, rhododendrons et arbres, oiseaux qui chantent, un véritable eden au milieu de Paris.
Je sais bien que les habitants protègent férocement les lieux, mais je me dis que dans ma situation, ça ne devrait pas poser de problème. Hé bien c'est à croire que finalement je connais mieux les gens que ce que je crois.
Vers la fin de mon sandwich, voilà Yolande ("Un air de famille", Yoyo, vous voyez ?), la quarantaine, le chignon blond, la robe fluide bleu marine à pois blancs, l'air avenant en moins. Elle m'aborde :
- "Vous êtes de la résidence ?"
(Mais oui bien sûr, c'est pour cela que je déjeune d'un sandwich assise sur ce confortable petit parapet en béton au lieu de profiter d'un bon steack sur ma terrasse.)
-"Non"
- "Vous savez que la résidence est strictement interdite aux étrangers"
- "Oui, j'imagine mais j'ai rendez-vous chez le médecin, j'avais un peu d'attente alors j'ai profité du beau temps"
Et pète-sec de continuer :
- "Il n'y a pas de salle d'attente chez votre médecin ?"
Je commence à halluciner, j'en tiens une vraie là, elle a l'air sacrément gratinée, la dame...
- "Si bien sûr, mais c'est quand même plus agréable de manger dehors, vous ne trouvez pas ?"
- "Vous imaginez si tout le monde faisait comme vous ?"
Là j'ai franchement envie de lui éclater de rire au nez, je crois que non, je n'imagine pas bien...
- "Écoutez, je ne squatte pas la pelouse, je ne laisse pas traîner mes détritus partout, je n'ai pas invité tous mes copains, ça fait des années que je viens ici, c'est la première fois que je fais ça, ça va non ?!" Et d'exhiber un peu mon ventre pour qu'elle envisage un peu le ridicule de ce qu'elle est en train de me dire.
- "Mais enfin, cette résidence est privée".
J'avais presque envie de me rouler sur la pelouse tel le chien en joie pour lui faire sortir les yeux des orbites, mais je me suis tenue. J'étais tellement sur le cul d'avoir cette conversation, j'avais tellement de réponses délirantes à lui faire que je suis restée bouche bée.
Elle est partie, me laissant là, complètement attérée, les fesses sur mon muret en béton, mon bidon de six mois, et ma fin de sandwich que j'ai balancé tellement j'étais écoeurée.

J'aime bien rencontrer des gens surréalistes comme ça, j'ai l'impression que ça m'aide à comprendre l'intolérance. ça m'a rappelé que l'année dernière, un SDF avait un soir trouvé refuge dans notre hall d'immeuble, et je m'étais dit que ça craignait pour la seconde d'après culpabiliser d'être aussi peu tolérente...
En l'occurrence, je pense qu'étant enceinte, je me crois protégée de ce genre de situations débiles et ça m'a un peu choquée de la voir si virulente, j'avais vraiment l'impression d'être un voyou. Ou une gamine. Et le plus surprenant c'est que j'étais incapable de me mettre en colère. Je le déplore presque. J'aurais pu lui péter un plomb sur sa pelouse, ceci dit, je ne voulais pas non plus mettre mon médecin en porte-à-faux.
D'ailleurs à propos de se sentir une gamine, est-ce que les gens peuvent cesser de m'appeler Mademoiselle ?
C'est tout-à-fait charmant j'en convient, mais à 33 ans et bientôt deux enfants, ça commence à me gonfler.
Entre les "et voilà miss" du médecin, et les "oui mademoiselle, pardon madame" x3 de la vendeuse de cosmétiques du grand magasin stop !
On en reparlera quand je serai vieille, on est bien d'accord ! ;-)

3 commentaires:

  1. "je ne vais pas mettre un néon clignotant pour éviter les nanas qui te collent un coup de sac"

    ...hum, moi, grossesse ou non, j'en porte toujours un. Force est de reconnaître que ça marche !

    Bisous May !


    (oh...là..."bisous" ? Oups...j'me lâche moi, aujourd'hui...:))

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  2. Pas de soucis, thom, j'aime les bisous !

    tu me donneras l'adresse de ton fournisseur de néons car je suis retournée à Paris hier, ben pareil !
    C'est la bagarre sur les trottoirs.

    En revanche, j'étais agréablement surprise d'avoir systématiquement une place dans le métro.
    Un peu moins que ce soit la plupart du temps une femme qui se lève...

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  3. Je suis en pétard rien que d'avoir lu ton post !!
    Y a vraiment des malapris partout. Des gens qui confondent les principes et la véritable éducation, celle qui ouvre à "l'étranger", justement, celle qui faisait qu'on invitait à sa table un égaré, autrefois, et que parfois même (imaginez !) on lui permettait de rester dormir. Adieu hospitalité, bonjour Sécurité à tout crin, miradors et chiens policiers en forme de résidents haineux. Y a pas à dire, ça fait envie.
    Je t'embrasse moi aussi, tiens !

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