mars 15, 2007

Mon collègue pénible

Certains ont des chiens stupides, moi j'ai un collègue pénible.
En apparence, il ressemble à un garçon de son époque, jeune homme bien mis de 29 ans, la mèche alerte et à la mode, très surveillée surtout. Souvent accompagnée d'une main droite qui tel le garde-chiourme, est toujours prète à la remettre en place d'un mouvement habile et presque aussi célèbre que ladite mèche.
En apparence, ce garçon a tout du parisien gentiment moderne, übersexuel comme dirait un magazine que j'affectionne.
En apparence, c'est un être gentil et attentionné. La plupart des personnes de son entourage se sont laissées aller à le trouver délicat, séduisant... drôle ? Non, quand même.
Les apparences sont parfois trompeuses. Mais il arrive aussi qu'elles fassent long feu. Le pire ennemi de ce jeune garçon est son ego, son moi démesuré, son sens du Je exacerbé et tout puissant. Sa force de conviction quand il s'affirme.
Sans son ego, il aurait tout pour être sympatique. On lui pardonnerait même sa préoccupation constante de son pouvoir de séduction et son besoin de le tester sur toute la gente féminine.
Mais cet ego ! Ma doué !
C'est bien simple, plus il se gonfle d'orgueil, plus il se fait moquer. En bon petit coq, il prend alors la mouche et envoie des mails. De longs mails argumentés, qui ne manquent jamais de mouiller l'un ou l'autre en pointant du clavier tel défaut que nous aurions éventuellement omis de trouver risible. Hélas, sa tactique de défense est l'attaque pitoyable, de ses propres collègues. Il n'a toujours pas compris que nos défauts nous font rire. Vous pensez peut-être "Z'êtes pas débordés là-bas ! ça ricanne, ça écrit des mails longs comme le bras pendant les zheures de travail". Ce n'est pas faux. On rit bien. C'est important de bien rire, et nous n'en travaillons que mieux une fois bien détendus, mh ?
Pour revenir au sujet, je n'ai jamais vu une personne affublée d'autant de surnoms. C'est bien simple, ça vient tout seul. D'abord il est blond, donc évidemment, c'est facile, "l'esprit bonde" se décline très bien au masculin, qui l'eût cru ?
Ensuite, il est perpétuellement débordé, toujours en train de courir pour aller chercher un doc à droite à gauche, toujours très affairé, il n'arrète pas. De brasser de l'air. Tous les gens qui l'ont cotoyé de près sont impressionnés par sa faculté à donner l'impression qu'il travaille d'arrache-pied, alors qu'il passe environ 50% de son temps à faire des listes de ses tâches à venir. 25% à faire des mails vengeurs ou explicatifs. Car le jeune homme doit avoir le dernier mot. C'est pénible ? C'est pénible. Que ce soit à l'écrit ou à l'oral, il y a toujours du répondant. ça ne se termine pas, vous le branchez en lui envoyant un mail un peu sec, et c'est parti. Je ne connais qu'une personne qui parvient à le faire taire à coup d'humour saignant, c'est brillant, j'adore.
Pour vous donner un exemple, je vois bien que je reste dans les généralités, ce garçon est capable d'envoyer un mail à la moitié de la boîte pour dire à une personne qu'une autre le trouve vraiment sympatique. En tant que destinataire dudit mail, je me suis retenue de souligner que cette personne est dans l'entreprise depuis au moins un mois et demi, et a donc certainement eu le temps de se faire une haute opinion de cet être magnifique alors que nous ne sommes que de vils railleurs incapables de reconnaître sa valeur. Peut-être sommes nous tout simplement jaloux.
Je me suis retenue, mais je n'ai aucun mérite, je suis son manager.
Oui, je souffre. Car je suis femme. Il est homme. Tellement plus fort, homme, costaud, musculo, cerveau.
Si au terme de mois de prise de recul, de respiration sophrologique et de points avec ma hiérarchie je viens à lui faire une remarque un peu pète-sec (les femmes le sont, non ?), je me vois gratifiée d'un "Ne me parle pas comme ça, je ne suis pas ta fille !".
J'aimerais pouvoir lui dire que mes relations avec ma fille de 4 ans sont beaucoup plus simples, claires et saines que les relations avec lui. Parce que quand on discute, on s'écoute toutes les deux.
Il est constamment sur la défensive. Je vous jure, Marie-Thérèse, j'ai tout essayé. Je pratique le blond égotique depuis bientôt deux ans, au quotidien. Sans rire, j'ai vraiment eu des semaines difficiles de remise en question. Jusqu'à épuisement, au terme duquel j'ai décidé que le jour où il serait capable de se remettre en question, je me poserai peut-être de nouveau des questions sur moi.
Depuis ça va beaucoup mieux.
Il s'énerve toujours un peu, mais tout seul. Je ne suis plus pète-sec, je suis presque zen (faut pas charrier).
Je suis sûre que les collègues pénibles sont partout, mais lui, je vous jure, il est énorme.

11 commentaires:

  1. Le portrait est savoureux, même si je compâtis et pense bien qu'au quotidien c'est une prouesse de ne pas le piler sur place, ce garçon !
    Je viens de passer un délicieux moment en ta compagnie, May, dorénavant je pourrai t'imaginer à ton boulot, tentant de cacher ton exaspération pour ce garçon bouffi d'égo :-)

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  2. Hello Gaëlle,
    je vais te dire, tu peux m'imaginer chez moi, derrière mon écran (je travaille de chez moi en ce moment), fulminant littéralement, car en plus d'être insupportablement imbus de lui, il ne comprend rien et s'arrange toujours pour faire comme si en fait il avait compris Argh ! j'ai parfois du mal.
    Vive la respiration abdominale.
    C'est pas une sinécure de bosser avec ce genre de personne ;-)

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  3. Fichtre ! T'as bien fait d'en faire une chronique, moi c'est le seul remède que j'ai trouvé !

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  4. C'est vrai, la respiration abdominale est un remède souverain avec les cons :-))

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  5. Je sens qu'en effet, pouvoir en parler presque librement va me permettre de prendre du recul. On a vite fait se de laisser embarquer, même à disance !

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  6. J'en ai connu un comme lui au travail qui se complaisait dans sa propre suffisance alors je te plains même si tu dis que ça va beaucoup mieux. bon courage !

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  7. Ma chère Florinette,
    au moment même où je te lis, je suis toute tendue, y comprends rien ! Je suis au bord de la desespéritude. C'est la première personne avec laquelle je travaille qui ne comprend pas ce que je dis, même quand je l'écrit clairement, lisiblement, simplement, et intelligiblemment... comment dire, je manque d'imagination pour adapter ma communication à cette personne.
    Je crois que je vais tenter le coup de boule.
    Au moins ça me défoulera.
    Oui, la respiration abdominale a ses limites.

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  8. PTDR !
    Excellente despcription du c*n de base !
    J'ai eu affaire hier à un spécimen du même genre, qui se croit supérieur à moi du fait de son grand âge et que elle, elle travaille à temps plein.
    Comme la respiration abdominale, je maîtrise pas du tout, j'ai plutôt pratiqué la remise en place fulminatoire sur le trottoir en attendant le bus.
    Mais comme me le rappelle régulièrement une amie très chère :
    "Y a des gens, t'as beau leur expliquer, y comprennent pas. C'est normal, y z'ont pas de trou, y a rien qui rentre !"
    Et moi je rajoute, que tout le caca reste à l'intérieur...

    C'est vrai que j'en ai un peu marre de m'énerver à chaque fois que je suis en sa présence. C'est une question d'image de soi, je ne m'aime que moyennement en despote. Mais en même temps, l'est tellement complètement démunie de trou que je n'ai plus aucun scrupule.
    Si elle comprend pas les trucs les plus basiques, elle doit pas comprendre non plus le reste hein... y a pas de raison.
    Et si elle comprend le reste, c'est que manifestement y a de la mauvaise volonté et çà, je pourrais user de toute la diplomatie, gentillesse, pédagogie dont je suis capable que ça ne changera rien.
    La même amie prétend que de toute façon, c'est ce que ce genre de personne attend, dans le fond,se faire remettre à sa place vertement.
    Alors autant être "gentille" et lui donner ce qu'elle cherche, non ? Tant pis pour l'image de soi, tant mieux pour les nerfs !

    Donc, j'y cloue le bec à mémère, ça me défoule vite fait (la jouissitude de la vengeassion, ne jamais se priver de ce plaisir dans ce type de situation) et je peux continuer ce que j'ai à faire comme d'hab' sans trop perdre de temps.

    Non mais ho! C'est QUI le chef de meute ?!
    ;o)

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  9. Ah, ma Trolette, je me sens moins seule face à l'adversité. Toi tu as la configuration "grand âge+plein temps", qui n'est pas nécessairement = à bonne expérience.
    Moi j'ai la configuration "viril mais jeune et sans expérience, qui ne supporte pas d'être sous la responsabilité d'une fiiiiille".
    Comme moi non plus je ne m'aime pas plus que ça en despote, et que le jour où je me suis fâchée on m'a dit "oui, mais tu l'as collé au mur" (ce n'est pas totalement faux, mais ça m'a fait un bien... les murs s'en souviennent !), hé bien maintenant, je manipule. Je joue la confiance "j'ai besoin de pouvoir compter sur toi". Ce n'est pas beaucoup mieux pour mon amour-propre, quoique. En revanche, c'est tellement plus efficace.
    Enfin, ça marche parce qu'il est jeune, et grâce à son ego-phare qui éclaire jusqu'à la côte ! ;-)
    Allons, courage ma trolette !

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  10. je compatis, carj'ai eu le m^me genre de problème avec une personne que je mangeais et je me suis remise en question longtemps avant de comprendre que je n'y pouvais pas grand'chose !

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  11. Bienvenue Marmitedecathy !

    J'adore ton lapsus ! Il colle parfaitement à ton blog qui plus est...
    J'ai l'impression que le collègue pénible est une espèce coriace et répandue, quelle horreur !
    J'ai au moins de la chance, le mien est tellement caricatural que j'arrive aussi à en rire !

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